Munissez-vous d’un critérium, d’un stylo BIC M10 à gros ressort et d’un compas. Enlevez l’extrémité du critérium et extrayez la partie intérieure. Otez la petite gomme ronde, sortez les mines, replacez la gomme. Enlevez la pointe du compas et plantez la partie non pointue dans la gomme. Ouvrez le stylo BIC, insérez la partie intérieure du critérium dans le ressort, puis glissez le tout dans la partie extérieure. Voilà, vous avez fabriqué la sarbacane la plus redoutable du collège ! Facile à manier, dotée d’une pointe turbo acérée et d’une vitesse de projection de 80 km/h par temps clair. Idéale pour les courtes distances, type du cahier à la trousse.
Je suis le roi de la sarbacane. J’en bidouille tout le temps, de toutes sortes. Avec des feutres, des effaceurs, des stylos 4 couleurs, pour projeter des bouts de papiers mâchés, des morceaux de gomme ou des crottes de nez. Mais mon modèle préféré, c’est la M10. Le fusil à pompe du genre. Faut la manier avec précaution, mais en avoir une dans son cartable, c’est toujours rassurant. Pour quelle obscure raison j’ai développé une telle passion pour les sarbacanes depuis la rentrée ? Ça a peut-être quelque chose à voir avec le Petit pont massacreur, qui sait ? Faible dans la cour, costaud dans la trousse… D’ailleurs, y a pas que ça : j’adore aussi faire fondre mes stylos. Je pique des briquets dès que j’en ai l’occasion, je crame BIC et Stabilo à tour de flammes. Tiens, comment ça brûle une gomme ? Réponse : ça fait des petites bulles, ça noircit très vite et ça pue. Je suis pris d’un délire pyromane, d’une pulsion de destruction matérielle, d’une révolte incendiaire, mais à mon image, discrète, réservée, concentrée sur les petits objets du scolaire. J’irai pas cramer une poubelle. Je suis incapable de lever le doigt en classe, et la simple idée d’être appelé au tableau me donne des sueurs froides. Mais ma cape d'invisibilité a l’air de bien fonctionner : les profs ne me désignent jamais.
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