- Juuuuuuuuuules !!! Debout !!!
J’me demande : si on reste assez longtemps sous sa couette, on peut disparaître ? Si on est vraiment très bien emmitouflé, qu’aucune partie du corps ne dépasse ? Mince, j’ai un bout de fesse qui chasse, je sens un courant d’air. J’me tortille, me mets encore plus en boule pour combler l'interstice. C’est bon, j’ai le cul à l'abri. D’ailleurs, en parlant de lui, j’ai remarqué qu’il y a de plus en plus de poils qui poussent dessus. J’en ai aussi un au-dessus du zizi. Juste un. Il doit se sentir seul. Je l’ai montré à mon père l’autre jour, il a dit : “Tu deviens un homme mon fils” avec une grosse voix solennelle, et ça avait l’air vachement important et vachement grave. Je sais pas si je veux. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose, là, à l’intérieur de moi, qui veut se manifester et qui perce ma peau un peu partout.
- JUUUUUUUUUUUULES !!!
Si je reste assez longtemps sous ma couette, je suis sûr qu’une une porte spatio-temporelle va s’ouvrir ou un sas intergalactique ou un passage fracto sensoriel quantique, quelque chose comme ça, et je vais être projeté dans une dimension parallèle, dans laquelle je suis pas obligé d’aller en sixième… Ça y est, je sens que ça vient, je suis comme aspiré ! Raté: le toit de ma cabane de tissu s’envole d’un coup et la tête de mon père apparaît. Il empêche une fois de plus la création d’un portail spatio-temporel de haute technologie. Aucun respect pour la science.
- Allez, on se bouge, t’es déjà en retard !
J’ai 10 ans. Je m’appelle Jules, mais ça vous l’aviez compris à la douce voix du daron. Jules, ça prend plusieurs “u” le matin, quand je tarde à me lever, ce qui arrive souvent. C’est la faute de ma couette qui me fait faire des rêves dont je peine à sortir. C’est mon truc ça, les rêves. J’en fais pas que la nuit. Des fois en pleine journée, à l’école au milieu de la classe, à la cantine devant des poissons panés pas bien panés, pendant un repas avec mes parents, aux toilettes ou même en marchant dans la rue. Je m'emmitoufle dans ma couette mentale et je pars en rêve. Il parait que c’est une force, c’est ce que dit ma mère, que j’ai de l’imagination et que c’est pas donné à tout le monde, ça, l’imagination, mais c’est comme les poils au cul, je suis pas convaincu. Je vois bien que ça me met un peu ailleurs, pas avec les autres, et que ça rajoute des “u” à Jules le matin.
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